Mon très cher Warren Ellis vient de me faire l’honneur d’apparaître sur son site (http://www.warrenellis.com/?p=14262). C’est pour moi l’occasion de remettre en avant un article que j’ai écrit voilà quelques semaines lors de la parution du dernier tome de sa série « Freakangels ». A dévorer en attendant son prochain roman « Gun Machine », qui sortira en janvier prochain.
Il y a 23 ans, douze enfants naissaient simultanément en Angleterre. Leur peau d’un blanc d’ivoire et leurs yeux violet auraient pu laisser croire à un lien familial. Mais non, aucun lien entre leurs différents parents. En plus de leurs caractéristiques physiques, tous révélèrent posséder d’inquiétants pouvoirs mentaux. D’abord considérés comme des curiosités, puis comme un danger à leur adolescence, ils décidèrent d’unir leurs pouvoirs, histoire de faire suffisamment flipper les autorités pour avoir la paix. Ils ne pensaient pas qu’ils produiraient la fin du monde tel que nous le connaissons. C’était il y a 6 ans. « Freakangels » est le récit de ce qui s’est passé ensuite.
Forts de leur culpabilité – ils ne voulaient tout de même pas tout détruire – nos anges monstrueux ont tenté d’aider les quelques survivants trouvés dans le quartier londonien de Whitechapel. Caz, KK, Kirk, Karl et Jack oeuvrent à leur façon et selon leurs aptitudes respectives, pour construire, produire des ressources, dénicher des objets utiles submergés par la Tamise qui a envahi les rues de Londres, et protéger la population restante. Sirkka a choisi de créer une sorte de secte bienveillante de l’amour libre. Miki est le médecin en chef. Connor tient un journal détaillé de leurs aventures, pour l’Histoire. Kait se prend pour les forces de l’ordre et la justice à elle toute seule, avec toute la brutalité qu’elle affectionne. Luke est un clodo narcissique qui ne pense qu’en dessous de la ceinture. Et Arkady, sans doute la plus puissante, navigue à vue suite à une overdose, entre folie douce et grande lucidité. Mais il manque à ce compte le douzième et le plus dangereux d’entre eux. Mark a été exilé par ses pairs, parce qu’il a manipulé l’esprit des gens normaux pour en faire ses sbires, esclaves et soldats téléguidés. Donnez à un fou paranoïaque de telles capacités cérébrales et vous obtenez une bombe à retardement. Les onze maintiennent un équilibre fragile, autant que leurs caractères haut en couleur le permettent. Jusqu’au jour où une jeune fille armée d’un fusil à pompe entre dans Whitechapel pour faire sauter le caisson du premier Freakangel qui pointera son museau.
Cette série courte complète en six volumes est un OVNI steampunk concocté par Paul Duffield au dessin et le scénariste anglais Warren Ellis. Pour situer le bonhomme, Ellis vit en banlieue de Londres, reclus derrière son ordinateur, dans un bureau rempli jusqu’au plafond de documentations diverses et variées, une bouteille de bon whisky à portée de main. Autoproclamé « Internet Jesus », il a su fédérer autour de lui un noyau de fans inconditionnels. Son style est toujours reconnaissable, brodé d’un vocabulaire caractéristique où le slang est agrémenté de gros mots d’une incroyable originalité. Les thématiques de ses albums placent l’humain au coeur d’un futur où la science et les nouvelles technologies sont à l’origine de notre émancipation, mais elles sont également le moteur de notre destruction. Auteur fascinant s’il en est, ce vieux briscard a travaillé pour les éditeurs Marvel, DC, Dark Horse, Avatar et j’en passe. Il a également publié un roman inclassable « Artères Souterraines », que je vous recommande franchement si vous avez besoin d’une claque littéraire revigorante. Trop peu connus en France, certains comics de cet auteur hors-norme sont à ranger aux côtés des plus grands. Je n’ai pas fini de vous parler de Monsieur Ellis…

Warren Ellis, photographié par Ellen Rogers – http://www.ellenrogers.co.uk/