BD : « Un Peu de Bois et d’Acier » de Chabouté

Que les amateurs de BD en noir et blanc se réjouissent : Chabouté vient de sortir son nouvel album aux Editions Vents d’Ouest ! Chabouté est de ces auteurs qui mettent l’humain et sa diversité au coeur de leur oeuvre. Enfant spirituel de Comès, tant sur le fond que sur la forme, l’artiste nous ravit une fois de plus au travers de « Un Peu de Bois et d’Acier ».

Oui, c’est effectivement ce qu’est un banc public, pas grand chose, du bois et de l’acier. Si ces deux matériaux froids constituent l’objet, la multitude d’histoires que l’auteur va nous raconter autour d’un de ces bancs est d’un charme naturaliste d’une grande délicatesse. Un petit garçon ouvre un couteau suisse pour y graver son amour et se coupe. Des gens s’y assoient tour à tour. Ils se reposent, lisent, jouent de la musique, pètent un plomb, descendent un litron de vin avant de se faire foutre dehors manu militari par le gardien. Un chien pisse dessus quotidiennement, un jogger s’y étire, un couple de vieux y partage régulièrement une pâtisserie. Les saisons s’enchaînent. La peinture s’écaille et doit être restaurée. En spectateur silencieux, le banc immobile et accueillant est tout à la fois un endroit de partage, d’exclusion, d’attentes déçues, de rêveries, de souvenirs. Logiquement, l’album est entièrement muet pour nous permettre d’entendre le brouhaha du parc, les bribes de conversations, le vent qui souffle. On a l’impression d’avoir pris résidence sur le banc d’en face et d’observer la vie s’agiter. On reconnaît les protagonistes réguliers. Tiens, celui-là a un plâtre aujourd’hui. Celui-ci semble plus pressé que d’habitude… Les existences défilent sans discontinuer, pleines de similitudes et de particularités.

Chabouté réussit encore une fois son pari. Il nous parle de nous tous et du monde, il dessine avec sa grâce habituelle et son regard sincère et franc. L’auteur prend juste le temps de laisser dérouler le mouvement perpétuel et journalier. Il le croque. Il regarde véritablement plutôt que de courir sans prêter gare. Et c’est ainsi qu’il soulève la poésie que la frénésie de nos journées nous empêche de savourer. A lire, pour respirer.

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