BD : Dalí par Baudoin

Il est rare que le visage d’un peintre soit aussi célèbre que sa peinture. Evoquez Dalí à n’importe qui et la première image qu’il aura en tête ce sera cette paire de moustaches, ces yeux fous, ces sourcils broussailleux et hérissés. Personnage génial et fantasque, son oeuvre est des plus populaires et des plus reconnaissables. Si on ne devait garder qu’un seul surréaliste, ce serait lui, le totem. Sa biographie dessinée vient d’être réalisée par Baudoin, éditée conjointement par Dupuis et le Centre Pompidou.

Une vie d’obsessions. La mort, la maladie, la paranoïa, le cauchemar, les sauterelles, la chair molle, l’Angélus de Millet… Tellement de visions dans l’esprit de cet artiste singulier. Quand on part dans la vie avec le prénom de son frère aîné mort, on porte le traumatisme en bandoulière. Il a vécu dans l’ombre de cet absent chéri. Dalí a toujours été hanté par l’idée qu’il n’arriverait jamais à surpasser ce frère jamais connu. Alors, il a tout fait pour exister. L’Art, l’extravagance. Exister à tout prix. Se revendiquer génie. Exorciser ses peurs sur la toile. Gagner la reconnaissance du plus grand nombre. Génie et éternel enfant, Salvador a vécu de passions pour les gens qu’il a croisés et aimés, de Buńuel à Gala, en passant par Federico Garcia Lorca. Accepté dans un premier temps par les surréalistes de salon comme André Breton, il est rejeté par ces derniers. Peut-être trop fou, trop orgueilleux ou pas assez embourgeoisé…

Le peintre a tracé son propre sillon, de coup d’éclat en coup de pub. De Cadaquès à New York. Même s’il a du s’éloigner plusieurs fois de sa Catalogne natale, elle est restée chevillée à sa chair, à sa mémoire et à son pinceau. De son enfance en 1904 à sa mort en 1989, les planches d’encre et d’aquarelle de Baudoin illustrent cette biographie avec tous les ingrédients nécessaires. De la gravité, de l’onirique, de la folie. Mettre le trait du peintre à distance sans le trahir est un tour de force magistralement réussi par Baudoin. On sent tout le respect du dessinateur pour le Maître. Les interprétations de l’univers de Salvador Dalí par Baudoin sont remarquables. Il a su être juste sans se perdre dans l’exercice. Chapeau.

A noter qu’une exposition des plus belles planches originales de cet album se tiendra au musée de la bande dessinée à Angoulême du 21/11/12 au 24/03/13. Pour plus de renseignements : http://www.citebd.org/spip.php?rubrique323

Et aussi, une rétrospective Dalí au Centre Pompidou du 21/11/12 au 25/03/13 : http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-f551d5b899bc636572f85b37b334&param.idSource=FR_E-83f7964a2eb5338b98135668c18bfbf0

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17 commentaires pour BD : Dalí par Baudoin

  1. Je me demande toujours ce que le Dune qu’il devait faire avec Jodorowsky et Moebius aurait donné. Il devait y jouer l’empereur….

  2. Merci Marie sur ce que tu dis sur mon travail. Et la photo est jolie.

  3. Arnaud Boutle dit :

    Merci à M. Baudoin pour son travail toujours aussi élégant, touchant et inspiré.

  4. dododronte dit :

    Très bel article…une fois de plus.

  5. Saskia dit :

    “Accepté dans un premier temps par les surréalistes de salon comme André Breton, il est rejeté par ces derniers. Peut-être trop fou, trop orgueilleux ou pas assez embourgeoisé…”

    Les élucubrations mystico-religieuses, l’abnégation à Franco, la trahison et le déni face à la mort de son ancien ami de jeunesse, Garcia Lorca fusillé pendant la guerre civile, Dali était trop occupé à cirer les pompes des anti-républicains. On peut aimer l’oeuvre de Dali, mais il ne faut pas prendre ce qu’il dit au pied de la lettre. Non le surréalisme ce n’est pas lui.

    Baudouin dans ce magnifique ouvrage où d’ailleurs je doute que Dali soit le maître, explique lui-même dans une planche ce rapport à la bourgeoisie
    Il fait la réplique à Dali qui reprend lui-même les mots de Breton en disant : « le surréalisme peut être véritablement considéré comme la conséquence ultime et la fin de la bourgeoisie.” et le commentateur de préciser, “C’est l’extrait d’un discours que Dali a fait devant les étudiant catalans. En vérité la bourgeoisie l’a très vite invité dans ses Salons, et Dali, toujours dans son désir de toucher la brillance des étoiles, était fier de côtoyer les princes. Pourtant quelque chose de sa « folie” va lui permettre de ne jamais être complètement digéré.”
    Et de répondre, « Tu es naïve la bourgeoisie digère tout”.
    A méditer

    Merci à Baudouin d’avoir face à ce génie autoproclamé rendu hommage à l’homme. Dali est un artiste de talent qui a fait de la subversion une valeur marchande et de la provocation une dialectique réactionnaire.

  6. ADouwes dit :

    Vraiment chouette comme blog, concis, clair et avec beaucoup de personnalité. Je viendrai faire un tour plus souvent ! Merci !

  7. Zombi dit :

    L’hôtesse de ce blog doit se prendre un peu pour Gala pour encenser Dali à ce point. Personnellement je préfère Amanda Lear : plus simple, plus naturelle, plus drôle ; le sketch de Dali est un peu répétitif. Très bon commerçant, cela dit ; comme Baudoin.

  8. Zombi dit :

    Oui, c’est vrai que ce blog n’est pas mal. Son auteur dit « bien aimer aussi quand on ne comprend pas tout », mais s’exprime pourtant avec une clarté de bon aloi. Les artistes qui se veulent énigmatiques, (comme Dali) bien souvent cachent qu’ils n’ont rien à dire. La dissimulation de la bêtise est un pan gigantesque de l’art moderne.

    • Marie Rameau dit :

      Ecoute, je te remercie pour tes précieux jugements de valeur.
      Diantre foutre… Et c’est moi qui me prends pour Gala… Pas facile de dealer avec les Divas (anonymes) auto-proclamées gardiennes de la bonne pensée et du bon goût. Promis, le jour où j’aurai besoin de conseils pour savoir quoi penser sur qui ou sur quoi, je t’envoie un petit mail. 😉

  9. Zombi dit :

    Dites-donc si c’est le coup de fouet chaque fois qu’on n’est pas d’accord !?

    • Marie Rameau dit :

      Je peux débattre tranquillement. Par contre, tu ne peux pas être désobligeant et condescendant et te plaindre de prendre un revers.
      Et puis les coups de fouet, ça fait du bien. Ca fait circuler le sang.

  10. Zombi dit :

    Je ne suis pas le genre amateur de sévices corporels plus ou moins simulés ; ni condescendant ; seul « désobligeant » me va bien ; mais passons… entre-temps j’ai essayé de lire le bouquin de Baudouin sur Dali, et l’ai trouvé peu intéressant, probablement parce que l’art gastronomique et régressif de Dali m’est assez indifférent ; quand j’ai visité le musée Dali à Figueras, j’ai même trouvé ce cirque consternant. Triste et froid comme une boutique Hermès. En dehors de son masque de clown, je ne vois pas en quoi Dali est moins chiant que Breton.

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