Manhua : ‘Les Pieds Bandés’ de Li Kunwu

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Des petites tortures quotidiennes quand on est une femme, il y en a des tas, dictées par différents codes sociaux, professionnels, familiaux. Quand on remonte dans le temps (pas besoin de remonter trop loin), qu’on change de région du monde, certaines coutumes ont été absolument inhumaines. Notamment celle des pieds bandés, en Chine. Ce sévice rituel n’avait d’autre but pour une jeune fille du bas peuple que de prétendre à un mariage lui permettant de s’élever dans les classes sociales. Dans « Les Pieds Bandés » publié dans la collection ‘Made In’ de Kana, Li Kunwu nous raconte l’histoire vraie d’une enfant confrontée à cette pratique.

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Chunxiu signifie en chinois « la beauté du printemps ». C’est le prénom de la petite fille dont on suit le destin dans ce récit. C’est le début du XXème siècle, la Chine connait les dernières années de la dynastie de Qing et est au bord de la révolution. A environ 6 ans, Chunxiu est espiègle, elle aime grimper aux arbres, courir dans les rues de la petite ville où elle est née et manger des boulettes de riz soufflé. Mais ces bonheurs simples doivent prendre fin. La tradition et les règles esthétiques veulent que les filles aient de petits pieds pour pouvoir faire un beau mariage. Le pied adulte idéal ne doit pas dépasser les 7,5 centimètres. Oui. Regardez vos pieds et mesurez 7,5 centimètres. Ca fait froid dans le dos, n’est-ce pas ?

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Le meilleur âge pour subir ce châtiment est entre 6 et 7 ans, justement l’âge de Chunxiu. Elle ne veut pas, mais on ne lui laisse pas le choix. On l’emmène chez une dame de bonne famille qui réalisera l’opération. Il faut recroqueviller les orteils, casser les os pour domestiquer les chairs et bander très fermement les pieds. Des petites chaussures de soie sont réalisées pour transformer ces choses difformes en objet de désir pour les hommes. La petite fille grandit sans plus pouvoir se déplacer normalement. Elle reçoit des présents de la part de plusieurs familles nobles. Mais le destin de cette enfant qu’on a modelée si sauvagement, comme tant d’autres, va s’arrêter sur le mur historique de la révolution chinoise. Les pieds bandés ainsi que les nattes que portent les hommes, sont désormais interdits, au même titre que toute référence à l’ancien régime féodal. Le sacrifice de l’innocence de Chunxiu aura été en vain, les promesses d’une vie confortable s’en vont en fumée.

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A travers cette histoire, Li Kunwu nous raconte la vie de celle qui est devenue sa nounou lorsqu’elle avait 63 ans. Il nous rend également compte de la barbarie avec laquelle était traitée les petites filles en Chine, sans aucune échappatoire. Cette histoire est celle de tous les dommages causés au nom des traditions, des légendes, des religions. Les souffrances et les obligations imposées bien plus souvent aux filles qu’aux garçons ne doivent pas être oubliées. Si on oublie, ça resurgira sous une forme ou une autre. Et en disant ça, je sais bien qu’en Chine ou ailleurs, les archaïsmes continuent à abîmer des êtres dans leurs chairs. L’idée d’un « Homme civilisé » reste encore aujourd’hui une chimère qu’on agite pour se rassurer. Ne pas oublier.

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