BD : Les Ombres de Zabus et Hippolyte

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J’ai toujours aimé les ombres. Elles ne nous quittent pas, sont chevillées à notre corps. On ne sait jamais quelle forme elles vont prendre. Elles nous suivent. Peu importe la direction. Peu importe le destin. Les Ombres que nous proposent Zabus et Hippolyte, aux éditions Phébus sont d’un autre genre. Elles parlent et hantent les vivants. Elles sont leur mémoire et exigent d’être racontées.

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Un jeune homme portant un simple drap pour habit est assis sur une chaise. Son visage est remplacé par un masque tribal. Il semble mal assuré, intimidé. En face de lui, un homme avec un gros dossier. Son visage à lui n’est pas caché mais plissé de rides de dureté. Les sourcils froncés, l’interrogateur commence son questionnaire administratif. Le jeune homme, planté sur sa chaise comme un enfant puni, débute le récit de son épopée. Le petit pays d’où il vient est martyrisé par des cavaliers sanguinaires. Ils creusent le sol pour des ressources et déciment les populations. Lorsqu’ils sont arrivés au village, le grand père a ordonné au jeune homme de s’enfuir avec sa petite soeur. Sans se retourner.

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En fuite, livrés à eux-mêmes, arrachés à leurs racines, ils ont suivi le chemin vers l’Autre Monde, emprunté par leur père auparavant. Ce père en quête d’un univers meilleur pour les siens n’a plus jamais donné de nouvelles. Et pour cause. Cette route qui a été celle du jeune homme et de sa soeur est un labyrinthe à épreuves dont il est impossible de revenir indemne. Dont il arrive fréquemment qu’on ne revienne pas. Le jeune homme sans visage continue de délivrer son histoire, des ombres invisibles sur son épaule le suppliant de ne pas mentir. Il est le dernier à pouvoir les faire exister en parlant d’eux, à pouvoir témoigner pour eux.

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Les Ombres est l’adaptation d’une pièce de théâtre de Zabus, ici scénariste. Il y est question de l’exil, de l’exilé. S’éloigner de sa source, de sa famille, y être contraint. Devoir partir pour continuer à vivre, afin d’échapper au bourreau qui veut s’enrichir à votre détriment. Emporter avec vous vos souvenirs, rencontrer ces ombres dont la voix est celle de vos chers absents ou disparus. Lutter pour ne pas perdre votre humanité, combattre l’inhumanité des autres. Le dessin d’Hippolyte est enchanteur. Il nous inquiète, nous fait visiter des horizons à la lisière du rêve et du cauchemar. Son travail est d’une finesse magique qui révèle une triste réalité à travers un voile de beauté aquarellée. Les Ombres est une magnifique allégorie qui ouvre une fenêtre sur ce qui s’est passé et sur ce qui se passe encore, un peu partout dans le monde, même à nos portes mais qu’on n’ose que très peu regarder : la condition de l’homme sans terre qu’on ne voit pas, à qui on ne sourit pas, mais qui est pourtant notre semblable.

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2 commentaires pour BD : Les Ombres de Zabus et Hippolyte

  1. Guillaume dit :

    J’ai lu cette bd. Tu la décrit tellement bien, avec tellement de sensibilité. J’ai fait le bateau en céramique. Si il n’explose pas dans mon four, je le prendrais en photo..bisous

  2. Ping : Librairie Bulles de Salon | le blog de Chadume

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