Cinéma : Ames en Stock de Sophie Barthes

Votre âme vous pèse. Il est certains jours où votre esprit ne vous donne aucun répit. Vous traînez vos guêtres, l’oeil chagrin, vous soupirez. Rien n’y fait, le Spleen vous taraude et vous ne voyez pas de solution. Alors, imaginez qu’une technique ait été mise au point pour vous délester de votre âme. Quelques jours, quelques mois. Autant de temps que vous voudrez. Posez-vous la question. Si c’était possible, ne prendriez-vous pas quelques vacances d’avec vous-même ?

C’est le point de départ de « Cold Souls », « Ames en stock » pour le titre français. Sorti en 2009, ce film accueille dans le rôle principal Paul Giamatti, qui joue ici son propre personnage. L’excellentissime acteur a le vague à l’âme. Il doit incarner au théâtre Oncle Vania de Tchekhov, mais une dépression grandissante l’empêche dans son jeu. Son agent lui propose alors d’essayer de faire stocker son âme, histoire de reprendre pied et de retrouver un peu de quiétude. Las, tourmenté et sans aucune autre porte de secours, Giamatti se rend au cabinet du docteur Flintstein. Son besoin d’aide l’emporte sur son scepticisme et il tente l’expérience. Après quelques minutes passées dans une machine, il ressort visiblement soulagé, plus léger, débarrassé de sa grisaille. Les ennuis commencent alors qu’il n’a plus de désir pour sa femme et qu’il n’arrive plus à mettre aucune sensibilité dans le rôle qu’il doit endosser. Le Docteur Flintstein lui propose donc de lui implanter l’âme d’un poète russe. Les âmes, c’est comme tout, ça se trafique au marché noir. Des jeunes femmes russes, transformées en mules, transitent illégalement entre Russie et Etats-Unis pour transporter ce nouveau produit, comme certains voyagent l’estomac rempli de boulettes de cocaïne. Et le transport n’est pas sans risque. Les passeuses gardent en elles des petits résidus de vies d’autrui. Paul Giamatti ne se doutait pas que son désespoir allait le faire voyager jusqu’à Saint Petersbourg et encore plus loin, au coeur même de son identité.

« Ames en Stock » est un pur moment de poésie. Le jeu de Giamatti offre une magnifique palette de sentiments, tout en nuance. Il sait être drôle, cocasse, poignant, touchant, émouvant. Son physique d’homme lambda, loin des belles gueules creuses hollywoodiennes, donne une dimension universelle au personnage. Ca pourrait être vous. Et c’est pour cela que ça marche. Paul Giamatti joue Paul Giamatti et en même temps il joue votre propre rôle. On se laisse emporter par l’histoire et l’idée géniale de Sophie Barthes qui réalise là un vrai petit chef d’oeuvre, avec une extrême délicatesse.

La bande annonce : http://www.youtube.com/watch?v=0vRy9QcpUSg

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