BD : Les Petites Gens de Campi et Zabus

La vie des gens apparemment sans histoire ne s’étale pas dans les magazines. Elle ne rapporte pas des milliards de dollars à Hollywood et ne déchaîne pas les foules. Pourtant, il y a des petites histoires qui méritent d’être racontées. Et certaines d’entre elles ont le pouvoir de réveiller notre petit soleil intérieur, l’espace d’un instant. C’est le cas des « Petites gens » de Campi et Zabus, édité par Le Lombard.

Au coeur d’une même rue, le récit se focalise sur Paul, Monsieur Armand, Lucie, Louis et son père et Irina. N’importe lequel d’entre eux pourrait être votre voisin. Paul vit seul et travaille aux objets trouvés des chemins de fers. Il est hanté par le sourire constant d’un de ses collègues. Il en fait des cauchemars et devient de plus en plus aigri… Monsieur Armand est un vieux bibliothécaire philanthrope. Il sélectionne les livres pour ses lecteurs, comme un médecin choisit des médicaments pour ses patientsLucie travaille toujours à faire des ménages au noir à 65 ans. Personne ne la voit ou ne lui parle. Elle a le sentiment d’être une femme invisible qui est passée à côté de sa vieLouis est un petit garçon triste de ne pouvoir parler à son père du décès de sa mère. Il aimerait savoir comment lui dire et se cache à la cave pour pleurer sans être vu Son papa passe son temps à courir sans vivre pour oublier qu’il a perdu sa femme. Il soupire en permanence et fuit le contact des gens. Il s’enferme au grenier pour pleurer sans être vuLa mystérieuse Irina est une ancienne danseuse aux cheveux gris. Tous les jours, elle passe le coin de la rue d’où Monsieur Armand la regarde en rêvant. Elle s’enferme pendant des heures dans un vieux théâtre désaffecté, mais pour y faire quoi ?

Toutes ces individualités ne se rencontrent que dans les escaliers ou sur le trottoir, au hasard. Ils se connaissent en surface, sans s’intéresser au fond. Quelques coups de pouce du destin pousseront les uns vers les autres. L’échange et le partage vont faire irruption dans la petite musique morne de leur quotidien. Certains déposeront le lourd sac de pierre qui les empêchait de respirer depuis des années. D’autres sauteront le pas d’une façon ou d’une autre. Tous trouveront quelques pépites sur un chemin qu’ils imaginaient insignifiant et terne.

 

Campi et Zabus nous livrent là un album enchanteur, au dessin touchant et aux couleurs chaleureuses. On y retrouve quelque chose du « Fabuleux Destin d’Amélie Poulain », la fantaisie surréaliste de Genet en moins. Le rendu est intimiste, doux et poétique. « Les Petites Gens » est une histoire qui porte bien son titre. Il est bon de se lover dans ce conte réaliste charmant. L’ambiance intemporelle qui s’en dégage apporte une touche nostalgique et réconfortante. On referme l’album avec un léger sourire, ravi d’avoir passé ce moment là. Une parenthèse délicate et apaisante que je vous recommande !

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9 commentaires pour BD : Les Petites Gens de Campi et Zabus

  1. Je connais, moi, une libraire (sélectivement) philanthrope, qui choisit les livres pour ses lecteurs.
    Si !

  2. Ryan dit :

    Nice blog.

  3. Thomas Campi dit :

    Merci pour cette merveilleuse revue!

  4. Ping : Les petites gens | Les lectures de Caro

  5. Ping : Les petites gens (La BD du Mercredi) | Les Chroniques de l'invisible

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