Indé : Trois Fils de Ludovic Debeurme

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Quelle semaine ! Après Thomas Ott, c’est au tour de Ludovic Debeurme de sortir un nouvel album. Les deux auteurs font partie de mon ultimate top 10 (ici). Excusez du peu. C’est une fois de plus chez les Editions Cornélius que Debeurme nous livre son nouveau bébé à trois têtes : « Trois Fils » tome 1 vous attend chez votre libraire.

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« Trois Fils » est une histoire d’amère rancune. L’ouvrage s’ouvre sur la tentative désespérée de trois adolescents de coincer leur père sur une minuscule île déserte. Pour ce faire, ils attachent les poignets de celui-ci à un rocher plongé dans la mer, tandis qu’eux prennent le large à bord d’une barque. Les bras distendus du vieux trempent pendant des années, jusqu’à ce qu’un étrange allié vienne les lui couper pour le libérer, moyennant une contrepartie. Enfin libre bien qu’amputé, il va prendre ses enfants en chasse.

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Ces enfants-là ne sont pas comme les autres. Le premier a des bâtons de bois à la place des bras, le second n’a ni visage ni mains et le dernier a les globes oculaires complètement noirs. Mais ils n’ont pas toujours été comme ça. Qu’est-ce qui a bien pu pousser les trois affreux à commettre un tel acte ? Flashback. Tout commence par un exil. Pour une vie meilleure, pour du travail. Peut-être. Le père et ses garçons ont pris le bateau. Mais peu importe quelles embellies ils entrevoyaient, rien n’est simple sur cette nouvelle terre. Pire, le paternel les abandonne à eux-mêmes, le temps de trouver une maison. Et l’absence va durer longtemps, des jours, des semaines. Il leur faudra voler pour manger, se défendre face à des assassins, approvisionner les gens dans un camp voisin de leur cabane. La rancoeur supplante doucement le manque et la peur. Laisser là l’innocence de façon si violente et inattendue est une aventure des plus chaotiques et blessantes.

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Ludovic Debeurme a littéralement changé de technique pour cet album. Du trait d’encre noire épuré qu’on lui connaissait, il passe à une succession de saynètes à la gouache, foisonnantes de couleurs. Et bien qu’étonnante, la métamorphose est réussie. Elle donne de la chair aux ambiances étranges qui sont propres à l’auteur. Quand vous poussez les pages d’un album de Debeurme, vous entrez dans une zone au-delà des limites. Vous perdez vos repères et vous n’avez d’autre choix que de suivre le guide à tâtons. L’artiste vous escorte silencieusement dans un univers que vous croyez reconnaître parfois. Puis vous avancez et la forêt vous encercle. Vous vous perdez, avec consentement. Si vous ne savez pas vous abandonner, la plongée va être compliquée, autant vous prévenir. C’est beau, onirique, bizarre, perché. Indispensable. Cette histoire sera complète en trois tomes.

A noter qu’il y a en ce moment même une expo Debeurme à la Galerie Martel, Paris 10ème, et elle vaut sacrément le détour !

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